Bernard Chardon : force et sérénité.
Faites abstraction du premier plan graphique et regardez le champ de chaque tableau qu'il faut, à mon sens, se garder de limiter dans un cadre. En effet, l’imprécision volontaire du fond, celle qui donne la sensation d'espace s'en trouverait totalement dénaturée.
Nous voici devant un vitrail impressionniste où s'entremêlent les couleurs de la nature et celle d'un rêve poétique où le peintre, transgressant "la loi des assemblages raisonnables", nous entraîne hors du réel sans nous agresser.
On ne regarde pas une toile de Bernard Chardon ; on "tombe" dedans!
On n'en ressort au bout d'un moment, d'un temps suspendu, pour prendre connaissance du message graphique où le trait puissant et simplifié (là réside la force ...), après avoir été déchiffré, devient un idéogramme.
Séparez les deux éléments et vous obtenez d'un côté un naïf abstrait, de l'autre un illustrateur minimaliste. Toute désintégration conduit toujours à mettre en évidence la simplicité par trop prosaïque des constituants.
Parlez-moi d’un plat en vermeil, je ne sais pas pourquoi mais j’y vois de l'extraordinaire ; dites moi qu’il est d’or ou d'argent, tout est réduit à la banalité. Dans le premier cas, j'en peux imaginer la teinte, son intensité ; dans l'autre, elles sont originellement définies.
L’art pour moi est une démarche alchimique où s'entremêlent la nature de l'homme, sa technique, le matériau utilisé et une part de hasard. Le génie consiste en la capacité de reproduire les mesures respectives de ses composantes, ce qui implique d’en avoir une conscience permanente dans l'élaboration de chaque oeuvre.
Bernard Chardon n'est plus un apprenti sorcier et s'il fait mine de s’étonner, ça n’est, pour lui, qu'un acte jubilatoire.
Bernard Chardon : Artiste communicateur.
Tout artiste est communicant puisqu'il n'atteint sa réelle dimension que par l'écho qu'il reçoit des autres. Par contre, tous ne sont pas des communicateurs, c'est-à-dire qu'ils n'ont pas forcément une volonté de transmettre un contenu spécifique. Bernard Chardon fait, lui, parti des communicateurs, celui d'un zen paysan qui en a vu d'autres et qui semble nous conseiller de relativiser l'impact des heurts quotidiens.
Dans les toiles de Chardon ne réside pas de message métaphysique ou religieux mais l'évidence que, s'il est lui-même capable de peindre dans ce monde déboussolé, nous le sommes de vivre. C'est une affaire de transcendance. Il suffit de prendre le temps de mesurer qui nous sommes et, soudain conscients de n'être plus objet, de décider d'être un acteur de vie.
Bernard Chardon : Un hymne d'action de grâces à la vie
Bernard Chardon est "un païen à l'antique", a contrario du terme péjoratif judéo-chrétien. Il sait qu'il y est constituant de l'univers dans lequel il se confond et dont il est inséparable. Mais en tant qu’homme, il se veut être plus qu'un atome minéral et ses toiles en témoignent.
Ceux qui ont fait le même chemin s'y retrouvent immédiatement et ceux qui en sont encore au parvis en perçoivent cependant comme une incitation au voyage intérieur.
L’effet Chardon ne relève pas de la méthode Coué mais bien d'une énergie si naturelle et vitale aux conséquences que lui-même ne soupçonne pas. On ne sait pas toujours la portée de nos attitudes et de nos actes, mais l’adage soufi qui met en cause les répercussions d'un battement d'ailes de papillon sur le mécanisme céleste n'est pas en contradiction avec les théories sur la matière.
Enfin du vrai langage !
Pierre SELOSSE
Février 2003

Retour à la page d'accueil