TRANSPARENCES
La vie rêvée que chacun porte en soi est plus vraie que la vie telle qu'elle paraît être. Encore faut-il l’extraire et il faut y mettre la foi :foi en la beauté des êtres et des choses, foi dans ce Royaume rêvé -utopique disent les cerveaux formatés- qui peut transfigurer le gris quotidien dépressif. Encore faut-il lui donner corps car elle ne sera crédible que si on l'entrevoit. Qu'elle nous touche, et nous voilà émus et éveillés. Sortis de la brume.
Bernard Chardon est un homme de foi en l'humanité puisqu'il a le réalisme de croire en cette existence vibrante à l' intime de chacun. En la lueur à l'intime du dernier des derniers. Même s'il la sait fragile et la transmet tremblante, étonnée d'être là. Avec un brin d'humour entre les dents et de l'amour plein les yeux.
Peintures, modelages jusqu'à la céramique, tout cela que Bernard Chardon extrait patiemment et obstinément de ce qu'il est, ne sont en rien de prétentieux rendez-vous avec l'Art majuscule, mais d'humbles rendez-vous d'amour.
Coups de foudre et de paix, instants magiques. S’ouvrent les ailes d'un papillon rare : elles se défroissent et se déploient avant d’aller partager leur beauté plus loin pour qui ouvre les yeux. Le cocon aux ailes emprisonnées c'est chacun. L'envie de voler parce que nous serions beaux, que la beauté nous est familière, c'est Bernard qui nous la transmet.
Comment peut-il révéler aussi simplement l'essentiel ? Sans doute parce qu'au lieu de dire ou de discourir, il se contente de sourire : ses toiles en sont transfigurées.
J'ai eu la chance d'entrevoir et de recueillir son silencieux sourire. Aussi d'accueillir à d'autres moments une tension. Anxieux de voir la vie palpiter, tout entier il s’acharnait à en capter le mouvement, et à le transmettre non pas à la force de traits soulignés mais par des courses de coloris forts et tendres à la fois.
Transparences, voilà le mot pluriel qui me vient pour résumer la démarche de Bernard Chardon. Son regard bienveillant, compassionnel, qui n'en finit pas de s'étonner sur les choses et les humains, transparaît sur les toiles ou dans les mouvements de terre modelée. Ce n'est pas sa main qui guide la démarche du pinceau, pas plus ses doigts qui roulent et pincent la terre : c'est son coeur qui se donne.
Pas d'effet de matière, ni de tape à l'oeil, pas de surcharges ni d'artifices. Rien d'autre qu'une espèce de transfiguration qui révèle l’au-dedans, ce trésor que'on appelle levain. Des transparences à force de couleurs les plus pures et sans apprêt aucun. Ainsi il fait surgir au grand air d'exister ce bonheur possible que nous portons chacun et qui reste hélas trop souvent asphyxié par des couches de désespérance ou de vaines surabondances.
Lifting pour médiocres qui s'entretiennent. Voilà pourquoi certaines toiles surchargées ne sont que sépulcres coloriés et certaines expos des nécropoles prétentieuses.
Dites-moi s'il vous plaît comment ouvrir aux yeux de la vie ceux qui marchent à l'aveugle ? Comment faire si on ne leur propose que des natures et même des natures humaines, mort-nées ?
Peintre de vie, Bernard Chardon est mouvement. Chef d'orchestre, il fait chanter la vie en faisant danser les couleurs. Le connaître c'est aller,yeux étonnés, visiter une symphonie en bonheur majeur ! Sa peinture est le meilleur médicament générique contre les sournoiseries qui quotidiennement nous attendent .
Jean-René Rouzé

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