Bonheur à ceux là qui…
Bernard parle de Dieu tout le temps même si souvent il n’en dit rien, il le dit autrement : en images, et c’est si tendre et douloureux que Dieu en devient humain ; accessible tout proche prochain. Epaule contre épaule dans le métro, regard anonyme qui flashe en plein cœur, coude à coude sous la banderole, parmi ceux qui ne savent pas où crécher, reposer la tête, visage défait d’ANPE, d’RMiste fin de droits, les bras lui en tombent de la croix, Dieu est en miettes, en charpie. Il essuie injures et crachats, eux ils ont ri, ecce homo passé à tabac et ridiculisé, couronné d’épines : ils l’ont mise à nu, humiliée, et après l’avoir violée, ils ont bastonné la petite fille. Plus loin ils ont balancé l’homme à la seine, au Golgotha, à Auschwitz, à Sabra et Chatila, puis ils sont partis roter une dernière cannette, petits pilâtes aux petits pieds toujours à s’en laver les mains.
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Jean-René Rouzé
Du parti des moinezingues contre les prédateurs éperviers politiques et busards religieux, sabreurs goupillonnés et goupillon sabreurs, d’où lui vient cet amour fou ? Jusqu’au-boutiste jusqu’au pardon, bras écartelés d’être ouverts, et ce message ténu mais tenace :
« bonheur à ceux là qui… » aux forcenés d’espérance, optimistes incorrigibles, bonheur aux cœurs tendus, mains de quête et yeux d’attente, à ceux qui suent de croire en l’homme malgré tout. Il voit la vie jusque dedans la mort. Il voit la vie par delà la mort investie qu’elle est d’amour. Visionnaire d’amour, son Père ne verrait pas mieux.
Bernard peint l’évidence : Lui de Nazareth et nous de partout, sommes mêlés jusqu’à l’intime, mêmes veines, même sang. Il n’en finit pas de prendre chair et cœur et toi et moi, nous et les enfants de demain. Il n’en finit pas de prendre feu en toi moi nous et les enfants de demain.
Lève les yeux et regarde voir qui tient le pinceau quand Bernard peint.