
« J'ai toujours aimé la peinture. Au séminaire, j'ai souvent peint pendant que les autres faisaient des études de téologie . D'ailleurs, avant d'entrer, j'avais mis les choses au point, je vuex bien faire curé, mais je veux garder mes pinceaux. »
Marché conclu et début d'une longue et belle histoire qui la amené à conjuguer avec verve et bonheur le pinceau et le goupillon. Amoureux de la beauté et soucieux du bien-être de ses paroissiens, il a toujours agi poussé par la nécessité. En arrivant dans une paroisse où il y avait plus de trous dans les vitraux de l'église que de sous dans les paniers de quête, Bernard Chardon s'est mis à l'ouvrage. Au hasard des communautés desservies pendant ces quarante-cinq années de sacerdoce, il a ainsi habillé plus de soixante édifices. Après les vitraux, il s'est attaqué aux carreaux de céramique. À l'église, pour refaire les allées usées par les générations de croyants. Chez les particuliers « pour créer une ambiance et aider les gens à se sentir bien chez eux ».
Pour ce prêtre « un peu hors norme », la peinture demeure un moyen d'expression et d'évangélisation. La beauté c'est le langage de Dieu aux sourds -muets, dit-il volontiers. Ce qui explique son attention au signe, aux gestes, et à l'accueil ; le fait qu'il s'exprime plus volontiers par le pinceau et la couleur que par le discours ; et qu'un jour, il se soit attaqué à la Bible. Après le livre de l'Apocalypse, traité en noir et blanc, il s'est embarqué dans l'Evangile de Saint Matthieu. Soixante-dix tableaux débordants de vie et de couleurs. « Quelques mètres carrés de toile » dit-il avec l'humour et la malice qui lui sont aussi naturels que la couleur qu'il étale sur sa toile, le contour qu'il dessine un trait de crayon précis, où les petits mots à l'emporte-pièce qui accompagnent chacun de ces tableaux. Cocasses, sans jamais être vulgaires, profondes, sous un langage parfois vert, ces formules trahissent les multiples facettes de sa personnalité. L'homme de prière, brûlé au feu de l'évangile. L'homme pétris d'humanité, frappé au coin du bon sens. L'homme de l'art sensible à la poésie des êtres et des choses : « la loi, le règlement, c'est pratique, c'est rassurant. Colonne et file indienne : à droite... droite ; à gauche... gauche... Un peu de fantaisie, un peu de poésie, un peu de sentiments, ça donne du goût à la vie. Le sel s'il vous plaît ! »
Ouest-France novembre 1996
Article d'Edith CASTEL